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Méditation et silence


J.-L.C. : Vous me demandez aujourd'hui de vous parler de la méditation, mais avant de commencer, laissez-moi vous conseiller de ne pas prendre cet entretien comme une conférence émanant d'une autorité spirituelle en la matière. Si vous vous contentez d'écouter ce que je dis en n'écoutant qu'un discours ou un enseignement, cela n'aura aucune valeur pour vous-même. Avec une telle qualité d'écoute, ce que je vous dis sur la méditation ne serait plus qu'un savoir mort et inerte. Mais au contraire, si vous participez réellement à cette rencontre, si vous n'êtes pas seulement ancrés dans les mots que je prononce mais que votre qualité d'ouverture vous permet de percevoir ce qui est derrière, au-delà de vos saisies mentales et des miennes, alors nous partagerons peut-être autre chose que des paroles ou un enseignement. Peut-être partagerons-nous la clarté et la précision extrêmes de la conscience méditative.



Interlocuteur 1 : Qu'est-ce que la conscience méditative ?



J.-L.C. : Je ne peux pas répondre à cette question par une définition purement verbale. Si vous voulez percevoir ce qu'est la conscience méditative, il est tout à fait inutile de vouloir la définir, de vouloir la saisir par un savoir figé et rigide. L'expérience peut vous la faire voir, mais pas votre volonté de l'enfermer dans le moule étroit de la pensée. Au fond, tant que vous ne méditez pas. vous ne pouvez pas voir ce qu'est la conscience méditative. Si vous croyez que mes paroles peuvent vous la faire comprendre, c'est une grossière erreur. La conscience méditative ne s'enseigne pas. Mais il est possible de la partager et la vivre ensemble. Aussi n'est-ce pas seulement avec la tête que vous devez participer à cet entretien mais avec tout votre être.



Interlocuteur 1 : Oui mais...



J.-L.C. : D'accord. Je vais répondre à votre question... (long silence)



Interlocuteur 1 : ?



J.-L.C. : Pendant ce moment de silence, que faisiez-vous ?



Interlocuteur 1 : Rien. J'attendais votre réponse.



J.-L.C. : Votre attente vous a empêché d'entendre la réponse que contient ce silence. Ecoutez encore... Inutile d'attendre quoi que ce soit ! Vous ne pouvez pas attendre ce qui est déjà là... (long silence)



Interlocuteur 1



J.-L.C. : Bon. Je vais vous donner une réponse plus partielle, une réponse verbale. Mais en l'écoutant, ne croyez pas que le silence a disparu au moment où j'ai repris la parole. Au contraire, le silence est toujours là derrière les bruits et les mots. En vérité, la conscience méditative est l'état naturel de votre esprit. C'est une conscience sans calculs et sans questions. C'est une pure attention, libre de toute attente, de toute manipulation, de toute poursuite. C'est être là, spontanément. Dés lors que tout est perçu à partir cet état naturel de l'esprit, de ce silence, il y a conscience méditative.



Interlocuteur 2 : Méditer, c'est donc faire l'expérience du silence ?



J.-L.C. : Au-delà du bruit extérieur ou intérieur, et même au cœur de ce brouhaha, il y a le silence, toujours présent, qui exprime la pure nature des choses. Mais avant de pouvoir être établi dans ce silence alors même que le bruit des paroles, des pensées et des émotions se fait entendre, il est peut-être préférable de faire l'apprentissage du silence au moyen d'une technique assise. Par la technique assise, il y a réduction du bruit intérieur des pensées et des émotions et l'on entre peu à peu dans l'intimité du silence. Ce n'est pas encore la méditation véritable, mais c'est une première approche.



Interlocuteur 3 : Le silence demande donc un certaine apprentissage ?



J.-L.C. : Tout à fait. Nous vivons à un tel rythme et avec une telle frénésie qu'il n'y a plus de place pour le silence dans notre existence quotidienne. D'une certaine manière, notre sens du silence s'est atrophié. Plus encore, le silence nous pèse et nous dérange. Lorsque nous rentrons le soir du bureau ou de l'usine, nous ne savourons pas le silence. Au contraire, nous le fuyons. Nous allumons tout de suite la télévision, nous mettons un disque, nous téléphonons à nos amis, nous nous activons... Le silence nous est insupportable et nous nous sentons mal à l'aise quand il se produit. Nous avons perdu l'habitude du silence, de son intimité. Sans arrêt, nous nous croyons obligés d'en rajouter et de meubler. Nous nous précipitons sur toutes les distractions possibles et nous ne pouvons pas rester sans rien faire, silencieux. Je crois que dans cette frénésie il y a un besoin pressant de se vérifier et de se confirmer. Une énorme peur se dissimule derrière ce comportement de vie. L'espace immense du silence nous gêne et nous effraie. Aussi ressentons-nous le besoin de faire, le besoin de vouloir et d'acquérir, le besoin incessant de nous donner un but à atteindre. La non-satisfaction de ces besoins suscite immanquablement une terrible angoisse, une immense crispation intérieure. Nous avons si peu l'habitude du silence que sa découverte peut ressembler à un premier saut en parachute. Nous sommes paralysés. En vérité, il n'y a réellement aucune raison d'avoir peur. Mais nous avons peur de sauter parce que c'est la première fois et que nous ignorons tout de cette nouvelle expérience. Le premier pas vers l'Eveil du sens du silence pourrait consister à se ménager un espace quotidien de silence. De retour à la maison, savourons quelques minutes de silence et ne nous précipitons pas immédiatement vers de nouvelles activités, vers de nouvelles distractions. Il se peut qu'au début nous découvrions une certaine angoisse dans ce silence. C'est comme un premier saut en parachute. Si nous ressentons le vide et le silence comme étant effrayants, c'est parce que nous avons oublié la nature de cet espace intime et savoureux. Mais la fréquentation quotidienne de l'espace du silence nous en fait découvrir peu à peu la saveur. Alors, peut-être sentirons nous un appel plus profond, peut-être serons-nous amenés à nous asseoir et à méditer, à être là, simplement... (long silence) Vous voyez ? Il y a une saveur et une paix dans ce silence. Tout à l'heure, vous étiez dans un silence partiel, meublé par les bruits d'une attente de réponse. Ce silence mettait en évidence une certaine gêne parce que vous n'étiez pas disposé à l’écouter. Mais maintenant, vous écoutez vraiment. Sans angoisse et sans peur, vous savourer pleinement le silence... Et même mes paroles ne peuvent détruire -cette qualité de silence ou en ternir la saveur subtile...



Interlocuteur 2 : Pouvez-vous nous parler des techniques de méditation ?



J.-L.C. : Je viens de parler d'une première approche du silence en prenant appui sur le silence extérieur. Mais le silence est partout ; il est aussi en vous. La méditation vous permet de découvrir ce silence qui est la racine même de votre être, votre nature fondamentale. Dans la vie quotidienne, les moments de silence intérieur sont extrêmement rares. Ce sont des moments où vous n'êtes à la poursuite de rien. Vous ne cherchez pas à manipuler le réel, vous ne cherchez et vous ne fuyez rien. C'est cela méditer un silence qui est pure écoute de lui-même.



Interlocuteur 1 : Comment pratique-t-on ?



J.-L.C. : Tout d'abord, asseyez-vous sur le sol, le dos bien droit. La posture ne fait pas la méditation, mais elle aide considérablement à réduire le bavardage intérieur. Avoir le dos droit n'est pas une position artificielle, bien au contraire. Avec le dos bien droit, le poids du corps se répartit sans efforts et nous libère des tensions inutiles. Si le corps est centré, l'esprit l'est aussi. Pour avoir le dos droit, il est préférable de s'asseoir sur un petit coussin. Mais attention, ce n'est pas le corps tout entier qui est assis sur le coussin. Seules les fesses y reposent. Assis en tailleur de cette manière, on peut garder le dos droit de façon naturelle. Pour être parfaitement centré, je vous conseillerai aussi de rentrer le menton. Dans un même temps, le sommet du crâne tire vers le haut. Cette position des fesses et de la tête assure une parfaite rectitude de la colonne vertébrale. Les épaules ne doivent être ni rentrées ni en arrière. Une fois la position bien comprise, vous pouvez passer à la respiration. Respirez calmement et sereinement. Une respiration trop rapide augmente la fréquence des pensées. Pour certains, il peut être utile d'avoir recours à une béquille technique pour maintenir l'attention et ne pas tomber dans la rêverie. Ainsi, on peut porter l'attention sur la respiration ou les battements du cœur. Certaines traditions recommandent de centrer l'attention sur le cœur ou sur un point situé entre les deux yeux. Mais il est très important de ne jamais forcer l'attention. Simplement, on est attentif. Si une pensée se lève, voyez-la. Ne la rejetez pas, ne la jugez pas, ne la nourrissez pas, ne l'analysez pas. Constatez seulement qu'il y a une pensée et revenez à votre respiration ou à la pure attention. Peu importe la nature des pensées ou des émotions qui vous viennent à l'esprit. Bonnes pensées, mauvaises pensées, cela ne veut rien dire et n'a aucune importance. Voyez seulement que ce ne sont que des pensées et revenez à la méditation. Juger les pensées est une autre pensée. Se reprocher de penser est une autre pensée. Et de plus, l'intervention des pensées dans la méditation n'a rien de négatif. Cela fait partie de notre monde intérieur.



Interlocuteur 2 : Et le silence dans tout ça ?



J.-L.C. : Pour le débutant, il se perçoit plus aisément dans l'espace qui sépare deux pensées. Mais il est important de ne pas chercher à le percevoir. Ensuite, on peut dire qu'il est toujours présent. Il est le contenant qui offre sa qualité spacieuse et claire au contenu que constituent les pensées, si bien qu'une pensée n'empêche pas le silence d'être là. Pensée ou non-pensée, il y a le silence. Le silence reconnaît la pensée et la voit se lever, ce qui signifie qu'il est lui-même au-delà de la pensée. Ce n'est pas un observateur ou un penseur. Ce n'est pas Pierre, Paul ou Marie. Ce n'est pas non plus la négation de Georges ou d'Annabelle. C'est le silence qui est pure conscience d'être.



Interlocuteur 1 : Il m'arrive souvent de faire l'expérience de ce silence dans la méditation, mais cela ressemble beaucoup à un état de prostration. Pensée, silence, prostration, pensée, silence, prostration, etc...



J.-L.C. : Ce silence n'est pas réel. Il s'agit tout simplement d'un concept, d'un objet mental que vous placez en face de vous. Vous êtes le sujet observateur qui regarde l'objet-silence. En somme, vous êtes- encore impliqué dans un rapport sujet-objet. Vous vous posez en sujet face à ce concept que vous appelez silence. Mais ce que vous voyez n'est pas le silence, ce n’est que votre idée du silence, le silence que vous imaginez. En réalité, vous ne pouvez pas voir le silence comme on voit une idée ou une pensée parce-que vous êtes le silence, Dans la conscience méditative, il n'y a pas de séparation entre expérimentateur et expérience, entre observateur et observation, entre sujet et objet. Etant donné que vous recherchez le silence, vous construisez inévitablement votre idée du silence. Vous constituez un objet que vous appelez non-pensée, ce qui suppose un opposé, une pensée. Or, le silence n'a pas d'opposé. La technique de méditation (qu'il faut différencier de la méditation en soi) n'est pas une recherche du silence. Vous ne pouvez pas savoir ce qu'est le silence. Vous ne pouvez que le vivre. Le silence, c'est l'inconnu ! Commencez seulement par être attentif au bruit. Voyez les pensées et les émotions se lever. Le silence vient de lui-même, sans que vous ayez à le rechercher. Il est déjà là. Si vous cherchez le silence, ce que vous allez trouver ne sera qu'un silence à l'image de la pensée que vous vous en faîtes. Au fond, le silence dont vous venez de parler est l'effet d'une manipulation. Dans ce cas, il y a manipulation en vue d'une recherche. Vous voulez tellement méditer que vous manipulez le réel dans le but d'atteindre la conscience méditative spontanée et sans manipulation.



Interlocuteur 1 :...



J.-L.C. : Ah, je vois ! Vous êtes en train de songer au paradoxe de la chose



Interlocuteur 1 : Oui.



J.-L.C. : Comment peut-on méditer alors que la technique de méditation, le fait même de s'asseoir, est une manipulation, un exercice spécialement arrangé ? C'est bien ça, n'est-ce pas ?



Interlocuteur 1 : Exactement. On nous conseille de pratiquer des techniques de méditation, et en même temps, on nous demande de ne pas manipuler, d'être dans le non-faire et dans le spontané. Mais c'est impossible ! Lorsque l'on s'asseoit, c'est dans le but d'entrer dans l'intimité de la conscience méditative. Or, la recherche d'un but nous écarte de la conscience méditative.



J.-L.C. : Vous avez raison. Au fond, vous vous demandez si l'on ne vous trompe pas en vous incitant à vous asseoir pour pratiquer. Car après avoir soigneusement souligné le caractère spontané de la méditation, voilà que l'on vous propose quelque chose d'artificiel. L'objection que vous soulevez est fondamentale. Bien des hommes l'on remarquée avant vous. Ainsi, il existait autrefois en Chine une École d'Éveil qui déconseillait fortement la méditation assise et toute technique de cet ordre. C'est ce que l'on appelle une Voie Abrupte. Mais vous avouerez cependant que cette perspective est extrêmement difficile à assimiler. Vous pouvez rester toute votre vie sans jamais découvrir la conscience méditative, tout simplement parce que vous vous dîtes qu'il ne serait pas spontané de pratiquer une technique. Mais d'un autre côté, vous pouvez aussi bien pratiquer une technique pendant de longues années sans pouvoir découvrir ce qu'est la conscience méditative. En réalité, cette seconde perspective de la pratique technique, même si elle semble contradictoire, se révèle plus accessible, plus réalisatrice. Tout dépend de l'esprit de votre pratique. Si vous ne faîtes rien, si vous n'avez aucune démarche pratique, il est peu de chance que vous découvriez l'essence de vous-même. Si vous pratiquez, il est aussi possible qu'au lieu de méditer vous tombiez dans une sorte de prostration, ou bien dans tout autre état de conscience manipulé et construit. Toutefois, la possibilité d'une méditation véritable est toujours là. Si vous êtes bien conseillé, les pièges de la manipulation tomberont progressivement d'eux-mêmes. Vous finirez par vous asseoir sans rien attendre de votre assise. Vous finirez par pratiquer sans pratiquer. Vous savez, il n'y a pas d'itinéraire méditatif standard. Chacun a son propre chemin. J'ai vu des pratiquants méditer frénétiquement pendant de nombreuses années sans jamais méditer vraiment. Ils se persuadaient seulement qu'ils méditaient. Je les ai vus connaître l'ennui et la prostration ; et, au bout du compte, ils ont fini par abandonner la pratique. Pour certains, après quelques années, voilà qu'un appel les pousse spontanément à s'asseoir de nouveau. Ils découvrent pour la première fois ce qu'est la méditation véritable. Mais je ne dirai pas que leur itinéraire antérieur était inutile. Ça, je ne peux pas le dire. Peut-être que les vains efforts des années passées ont servi à cette extraordinaire découverte de la méditation véritable. Peut-être que l'effort a induit le non-effort. Peut-être que la discipline a servi l'émergence du spontané. Comme vous voyez, il y a bien des itinéraires. Certains ont un instructeur en méditation et ne méditent pas tout en croyant qu'ils méditent, d'autres comprennent immédiatement et spontanément l'attitude juste, d'autres encore méditent sans le savoir, sans pratiquer de technique. C'est l'histoire unique de chaque être humain, de chaque pèlerin.



Interlocuteur 2 : Revenons à la contradiction signalée tout à l'heure. Comment résoudre la chose ? Comment voyez-vous le paradoxe qui consiste à se proposer de pratiquer le spontané par une technique alors que les techniques sont par nature non-spontanées et artificielles ?



J.-L.C. : Il s'agit de voir qu'il n'y a pas de contradiction entre la technique de méditation et la méditation.



Interlocuteur 1 : Ah bon !?



J.-L.C. : Eh oui ! La contradiction dont nous avons parlé n'existe que dans notre esprit. C'est nous qui la créons. Nous tentons de réduire la méditation à une pratique rationnelle obéissant à nos critères mentaux. Mais comme c'est impossible, nous en sommes réduits à des paradoxes. Pour ma part, je ne vois pas de contradiction entre la technique de méditation et la méditation. Simplement, il y a un amour spontané pour la pratique méditative. Je m'assois et je médite. Rien de plus. Il n'y a pas de question. Je ne rajoute rien. Voyez-vous, de nos jours les paradoxes sont à la mode et l'on nous dit que la sagesse est toujours paradoxale. Pourtant, ce n'est pas la sagesse qui est paradoxale. Les paradoxes n'expriment pas la vérité de ce qui est. Ils n'expriment que la limite du mental face à la vérité. C'est pourquoi je vous dis que la contradiction soulevée tout à l'heure n'existe que dans votre mental. Si vous comprenez cela, alors vous comprenez l'esprit de la pratique méditative. Vous n'essayez plus de construire et de manipuler la méditation. Tout simplement, vous méditez. Les paradoxes que l'on croit être l'expression de la vérité ne sont rien d'autre que le reflet de l'instrument dualiste que nous utilisons pour saisir les choses. Mais dans la conscience méditative, vous avez fait le pas, vous êtes au-delà du paradoxe, vous lâchez au lieu de saisir. Il n'y a plus d'exclamation ou d'interrogation. Il n'y a que ce qui est. Un point c'est tout.



Interlocuteur 3 : C'est l'état sans ego ?



J.-L.C. : Même pas: C’EST



Interlocuteur 3 : Pourtant, il est souvent question de l'état sans ego dans les multiples traditions ?



J.-L.C. : Méfiez-vous des formules toutes faîtes et de votre manière de vous les approprier. Vous posez l'étiquette sans ego sur cette expérience et vous vous sentez tout de suite mieux. Là au moins, les choses sont identifiées. Là au moins, il y a un concept de référence. Ainsi, vous vous sentez dans le vrai, puisque toutes les traditions disent la même chose, puisque moi aussi il m’arrive de parler de cette façon. Mais en attendant, vous êtes encore prisonnier de votre idée de l'expérience et ce n'est pas comme cela que vous la vivrez!



Interlocuteur 1 : Alors qu'est-elle ?



J.-L.C. : Quelle importance cela a-t-il de savoir ce qu'elle est ? Essayez toujours, vous ne parviendrez pas à savoir. Commencez par voir ce qu'elle n'est pas. Commencez par voir que toutes les idées que vous vous en faîtes sont fausses. Si vous parlez d'état sans ego, c'est faux. Cela suppose nécessairement la notion d'ego. Cela suppose un ego qui constate l'absence d'ego. Or, dans cette expérience, il n'y a pas de reconnaissance ou de référence à des concepts. Le concept d'ego ne se pose pas. Le concept de non-égo ne se pose pas. Il n'y a pas d'absence d'ego et il n'y a pas de présence d'ego. Vous voyez, on retombe dans les paradoxes ! Et ces paradoxes ne sont pas la vérité de l'expérience ; ils n'expriment que les limites du mental. La vérité est au-delà des mots. Elle est ici, immédiatement. N'essayez pas de la saisir ou de l'appeler. Ne voyez-vous pas que ce dont nous parlons est présent, TOUT DE SUITE ? (long silence)



Interlocuteur 2 : ... Les dernières paroles que vous avez prononcées ont... enfin, je viens de faire l'expérience de quelque chose, mais je ne sais pas, j'ai peur d'en parler. C'est comme si le fait d'en parler pouvait le détruire.



J.-L.C. : Alors pourquoi en parlez-vous ?



Interlocuteur 2



J.-L.C. : Ce qui met fin à l'expérience, ce ne sont pas vos paroles mais votre hésitation, votre peur. Cette peur de récupérer l'expérience et donc, de la détruire, montre que vous avez déjà récupéré la magie de ce que vous venez de vivre. Voyez-le



Interlocuteur 3 : Dans la recherche du silence...



J.-L.C. :... Je vous l'ai déjà dit. Vous ne pouvez pas chercher le silence. Méditer n'a rien à voir avec ça. Vous ne pouvez pas chercher ce qui est déjà là, et le silence est toujours là, même au milieu du bruit. Regardez votre main.



Interlocuteur 3 : Je la regarde.



J.-L.C. : Pour la regarder, avez-vous eu besoin de la chercher ?



Interlocuteur 3 : Non.



J.-L.C. : Eh bien, il en va de même pour la méditation. Vous vous asseyez et vous regardez. D'habitude, vous ne regardez pas vos pensées, vos émotions, et vous ne les voyez pas se lever et disparaître. Dans la méditation, vous percevez les pensées sans y être identifié. Vous percevez ce que vous êtes, ce qui est là. Vous n'avez rien à chercher. Le silence aussi est ici. Vous êtes le silence. A la source de ce que vous êtes, il y a le silence. Inutile de le chercher puisqu'il est déjà là. Inutile de le conquérir, puisqu'il est votre nature fondamentale. Il suffit simplement d'un regard libre de toute poursuite, de toute fixation, de toute recherche.



Interlocuteur 2 : Mais l'ego est habitué à poursuivre, à chercher, à fixer. Comment se libérer de ces tendances ?



J.-L.C. : En les constatant au moment où elles se lèvent et se produisent puis, en revenant à la méditation. Ne cherchez pas à vous en libérer. Si vous cherchez à vous en libérer, c'est encore une recherche. Constatez seulement le processus de façon globale et il disparaîtra. Si vous attendez que cela disparaisse, si vous voulez vous en débarrasser, vous ne faîtes que 1e nourrir. Mais en l'acceptant, en le voyant se lever en vous, vous cessez de l'alimenter.



Interlocuteur 1 : Comment faire la différence entre un silence construit par le mental et le silence naturel qui est l'essence même de l'esprit ?



J.-L.C. : Dans le silence conceptualisé, le mental se fait croire qu'il ne pense pas. Mais si vous êtes réellement attentif, vous percevez une sorte de brouhaha sous le couvercle posé par le mental. Le couvercle qui se ferme sur ce brouhaha est le concept du silence. Quant au brouhaha, on peut le ressentir comme une masse de pulsions pré-mentales. Ces pulsions sont non-verbalisées. Elles peuvent également se présenter sous la forme d'un amas, d'un océan de pensées avortées, résiduelles. Ce ne sont pas vraiment des pensées formées de mots mais des pulsions brouillées, subconscientes. Tant que ce brouhaha de pulsions est là, on ne peut pas vraiment faire l'expérience du silence. Et le silence que l'on imagine percevoir de cette façon n'est qu'une vue du mental. Voyez ces pulsions, ne cherchez pas à les analyser. De toute façon, ce serait impossible car elles n'ont pas de contours et sont trop souterraines. Ne les jugez pas non plus. Revenez simplement à l'attention méditative. Le brouhaha disparaîtra et il ne restera plus que le silence, un silence non-construit. Quant aux pensées, elles viennent et s'en vont mais vous ne les suivez ni ne les réprimez. Si vous voulez bloquer le processus mental par un effort de concentration, alors vous pouvez vous faire croire que vous ne pensez pas. Mais la réalité des pulsions pré-mentales est là, pour vous montrer que vous vous illusionnez et que vous manipulez l'esprit au lieu de le laisser être ce qu'il est : silence naturel et spontané de ce que vous êtes.



Interlocuteur 3 : L'éveillé pense-t-il ?



J.-L.C. : Pourquoi ne le ferait-il pas ? La pensée n'est pas un ennemi. La seule différence entre la pensée égotique et la pensée éveillée, c'est que dans le premier cas, on prend le penseur pour une identité, alors qu'il ne s'agit que d'une pensée. Dans le cas de la pensée éveillée, cette confusion ne se produit plus. On est conscient du fait que la pensée n'est qu'un instrument, même lorsque cette pensée est le penseur. La pensée égotique se prend pour une entité indépendante. C'est pour cela qu'on ne la voit pas se lever. Mais la pensée éveillée est toujours vue. On la voit se lever et se développer. Elle n'est qu'un instrument, un outil. Ce n'est plus une distraction. Elle apparaît naturellement, dés lors que l'on a besoin de l'instrument de la pensée. Une autre différence est que la pensée éveillée n'est jamais confuse. Elle est d'une extraordinaire précision. La pensée égotique n'est qu'un bouillonnement de pensées qui se chevauchent. Pensée érotique qui chevauche une pensée spirituelle. Pensée pratique qui chevauche une pensée rêveuse. La pensée égotique est résiduelle. Elle laisse de nombreuses traces. Cependant, la pensée éveillée va toujours à son terme. Elle ne laisse aucun résidus. Elle part du silence et aboutit au silence. L'éveil ne jette pas spécialement de discrédit sur la pensée. Simplement, la pensée fonctionne naturellement. S'il y a pensée, elle se déroule complètement et épuise toutes les possibilités de l'instant. Elle ne laisse absolument aucun résidu. Elle est parfaitement harmonieuse. Ce n'est pas une pensée qui cherche ce qui ne peut être pensé. La pensée éveillée est pleinement à sa place. Elle naît d'une perception panoramique et elle retourne toujours à la source qui l'a vu naître. Cette qualité de pensée n'existe pas lorsque la pensée fonctionne pour elle-même, égotiquement, se prenant pour une entité indépendante.



Interlocuteur 2 : Que pensez-vous de l'utilisation de l'encens pendant la méditation ?



J.-L.C. : Je n'en pense rien.



Interlocuteur 3 : Lorsque l'on mène une vie extrêmement stressée et que l'on accumule au cours de la journée une grande quantité d'émotions négatives, ne pourrait-on pas avoir recours, avant de méditer, à une pratique spécifique destinée à apaiser ces tensions ?



J.-L.C. : Vous avez raison. Certaines techniques préliminaires peuvent s’avérer d'une grande utilité.



Interlocuteur 3 : Lesquelles ?



J.-L.C. : Je vais vous en donner une qui s'est avérée d'une grande efficacité. Vous ne pouvez pas vous détendre par un acte psychologique volontaire, car ce dernier ne constituerait qu'une tension supplémentaire. Se répéter sans cesse que tout va bien alors que tout va mal, ce n'est pas de la détente, c'est de la fuite, du cinéma et du mensonge. Et en plus, vous créez un conflit supplémentaire en ne voulant pas voir les choses comme elles sont réellement. Commencez d'abord par accepter. Vous ne pouvez pas fuir ce qui est. Ensuite, si vous voulez vous détendre, n'utilisez pas de méthode psychologique destinée à vous convaincre que vous êtes détendu. Commencez directement par une pratique corporelle. En effet, les tensions et les agressions subies au cours de la vie s'ancrent profondément dans le corps et constituent des nœuds d'énergie très solides. Pour les dissoudre, on peut utiliser la respiration profonde. Avez-vous remarqué comment la respiration réagit à nos états d'âme ? Il y a les moments où nous manquons d'air, où nous avons le souffle coupé, irrégulier, court. Le souffle est la première réaction de notre corps aux émotions. En vérité, il est bien peu de gens qui respirent harmonieusement, tout simplement parce que le corps garde la mémoire de nos névroses et induit un rythme, une façon de respirer qui tient compte de ces nœuds et de ces blocages. C'est pourquoi la respiration peut être un excellent remède pour dissoudre les nœuds d'énergie psychique profondément ancrés dans le corps. Lorsque vous avez eu une dure journée et que vous souhaitez vous détendre avant de méditer, expirez profondément et laissez l'inhalation venir naturellement. Donnez votre souffle en profondeur, sans vous préoccuper de prendre. L'aspiration vient comme une réponse naturelle à l'expiration. Chaque fois que vous expirez, sentez que le souffle ne sort pas seulement par les narines, mais qu'il remonte par la colonne vertébrale pour s'échapper par le sommet du crâne. Accompagnez ce circuit dorsal par votre attention. Ne vous inquiétez pas de l'inhalation. Elle suit naturellement l'expiration et s'adapte à son rythme. Si l'expiration est profonde, l'inspiration le sera aussi. Pour cet exercice, il est important d'avoir le dos bien droit. Alors, avec votre expiration, vous sentirez tous les nœuds d'énergie vous quitter et se défaire. Il se peut que vous éprouviez physiquement ce dénouement d'énergie. Des frissons peuvent vous secouer. Des picotements se font sentir dans tout le corps. L'énergie circule de nouveau et vous expulsez toutes les scories ancrées dans le corps. Bien entendu, cet exercice ne peut venir à bout de toutes les névroses passées, de tous les traumatismes de la petite enfance. Cependant, une pratique régulière peut aider le travail sur ces névroses et traumatismes. Cet exercice est surtout conçu pour se détendre après une journée de stress et de tensions. Il concerne donc les tensions immédiates dont la cause est récente. Cette pratique ne doit pas excéder une période de 10 à 15 minutes. Les scories ancrées dans le corps s'apaisent. Une sensation de bien-être corporel et de tranquillité d'esprit vous gagne peu a peu. Vous avez l'impression que votre corps est enveloppé (surtout les extrémités). Si vous le souhaitez, vous pouvez ensuite commencer votre pratique de méditation.

Dernière modification le : 22/04/2008 @ 23:01
Catégorie : Le Souffle du Dragon

Rugissement

Comme se lève la brume par-dessus la cime des arbres, ainsi se réveille le Dragon qui s'étire sur Sa Terre.

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