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Le Ressentiment d'être


Cet océan de souffrance, ce sens de présence est la douleur même. Inutile de vouloir en guérir tout en continuant d’être présent. Tant qu’il subsiste, ce sens de présence, sa reconnaissance s’étendra instantanément à l’océan de douleur. Au final, qu’est-ce que le mot amour tente de nommer ? Il dit simplement que l’on sent comme une vacuité active, tendue vers sa plénitude. Alors, pourquoi ne pas l’appeler douleur d’absence, aspiration souffrante à l’absence ? Mais absence de quoi ?

Si la connaissance équivalait à dire que deux et deux font quatre, la connaissance elle-même serait la solution. Mais cette soif d’être, aucune somme de connaissance ne peut l’apaiser. Et que cherche-t-elle, cette soif d’être, cet amour d’être océanique qui recouvre complètement les confins de tout ce que je connais et connaîtrai jamais ? Elle cherche à être rassasiée. Elle veut être apaisée. C’est comme boire de l’eau quand on a soif. Tant que demeure la soif, il y a plaisir à boire. Mais lorsqu’elle est complètement étanchée, qui se souvient de l’eau ? Cet amour d’être, cette soif océanique et avide, c’est l’amour de quoi ? La soif de quoi ? Est-ce seulement un souvenir, une nostalgie due au fait que l’on se meut dans l’activité souffrante d’être ? Quel est le point possible d’assouvissement de cette avidité d’être ?

Il n’y a aucune affinité entre cette soif et la connaissance. Aucune soif de connaissance n’étanchera jamais cette avidité d’être. On la sent, on la souffre. Elle est totale et illimitée. Et savoir que je ne suis pas cette soif ne me soulage pas beaucoup non plus. En premier il y a la soif, et je n’ai jamais aimé, je n’ai jamais voulu la sentir. Je ne l’ai pas sollicitée. Jamais.

Cela, il n’est pas possible de le comprendre tant que l’on cherche seulement à être rassasié. La recherche de satiété ne finira jamais et l’eau qui, une fois bue, en finit pour toujours avec la soif, n’est pas une connaissance. Je me tiens où la connaissance n’a jamais eu accès, où l’amour d’être n’a jamais été, où la soif d’être ne s’est jamais faite sentir. Jamais. Et savoir cela n’est pas pour moi un savoir, c’est une conviction qui jaillit de la même source que cette soif, du même coeur que celui de l’amour d’être, de l’avidité d’être. Suivant la trace de cette soif, je remonte à sa source et vois s’éteindre, là, son flux d’avidité. Je vois que s’en assèche le lit et me comprends moi-même comme totalement illimité, au point limite de toute limite. Car toute connaissance a des limites qu’elle ne peut pas franchir. Et dans ces limites, la connaissance de cet amour, de cette avidité d’être, abandonne complètement toute recherche d’être rassasiée. Elle est comprise complètement, sans que subsiste aucune trace d’incompréhension. Et cette compréhension pure sait qu’elle n’était pas cette avidité, et qu’il y eut un moment, hors le temps, où la soif d’être n’était pas avec moi. “Seul je demeure”, et cette inconnaissable vérité règne alors.

Saint Nisar le dit « Cette conscience n’est pas très désirable. Cette conscience ne peut pas supporter son existence, elle trouve insupportable sa propre conscience d’elle-même »

Aussi ai-je compris un jour, par une compréhension mienne, par des mots et des silences miens, que dans son apparition même, la réflexivité de présence, l’objectivation par laquelle je vois que je suis, a un double effet. Jusqu’à ce jour, fasciné par sa force impérieuse, cette soif océanique, cette vacuité active cherchant sa plénitude, cet amour d’être, cet amour de se savourer étant, avait occulté à ma compréhension un autre aspect d’elle-même, également impérieux, mais beaucoup moins agréable à reconnaître et à admettre. J’ai compris que l’amour d’être, que l’avidité d’être recèle une autre manifestation que cette seule soif, une manifestation aussi puissante, mais beaucoup plus douloureuse, beaucoup plus corrosive. J’ai compris qu’existe aussi une « détestation d’être », une « répugnance d’être » dont l’affluent s’écoule, océanique lui aussi, depuis la même source que celle de l’amour d’être.

C’est comme de comprendre soudain que l’on nous a toujours menti, que l’on nous a toujours trompé. Car en amont de tout, il y a cette innocence absolue et superbe, l’ignorance innocente du fait que la conscience est. En amont, je n’ai pas besoin de me voir faire, être, aimer, connaître.

Puis la conscience se manifeste, sans exposer son dessein, sans savoir pourquoi ni comment. Et la soif d’être commence à se faire sentir dans toute son avidité. Elle est si exigeante dans sa demande d’être étanchée. Son pouvoir de suggestion est si vaste. La soif d’être, de se savourer étant, est d’une tyrannie omniprésente, si impérieuse qu’aucun jour ne suffit pour en trouver les aliments. C’est pourquoi elle ne peut jamais être satisfaite. Elle ne trouve pas la mesure de son équilibre ni de pôle qui la neutralise. Et c’est ainsi qu’un profond ressentiment s’étend de toute part, dans les souterrains de la conscience, une profonde répugnance envers la totalité de ce jeu gagne, de plus en plus, en amplitude. C’est une détestation douloureuse et impuissante. Toute l’innocence première est dévorée par cette douleur sourde dont l’explosivité éclate parfois en colère destructive, en colère vajra, qui pourrait détruire l’univers entier. Ainsi est la détestation d’être présent, la répugnance d’être.

Il y a eu un mensonge, une esbroufe. Et ce mensonge, ici, ne peut pas être cru. Sa détestation, sa répudiation vient de la même source que le mensonge lui-même. C’est une résistance très subtile et extrêmement vive au fait de croire et de s’illusionner. Et toute cette souffrance de me voir découpé, retranché, mutilé, m’oblige à avaler ma propre avidité d’avaler. Ma propre forme, cette forme physique et mentale réclamant tyranniquement une plénitude, peu à peu se convertit en instrument de torture, totalement étranger à l’innocence première de la conscience sans conscience. Rien n’est plus à portée de la main quand on en a besoin. Le substrat de détestation grandit, grandit, grandit. Je ne trouve plus nulle part quelque chose ou quelqu’un à embrasser. Où donc est l’être, objet de cet amour d’être ? Où est cette plénitude d’obnubilation totale que ma plénitude convoite ? Bien que je ne l’aie pas voulu, je suis forcé d’être conscient. Je ne l’ai pas voulu, mais me voilà en charge de cette inquiétude d’être, de cette avidité d’être quelque chose, quelqu’un… ou d’être, simplement. Une répugnance subtile, un malaise de détestation est donc bien présent, co-émergent à cette avidité. C’est la manifestation sensible, physiquement sensible, que ne s’est jamais produite l’acceptation de ma naissance. Et cette douloureuse plaie que la venue de la conscience a suscitée n’est pas acceptée. Il y a en moi une résistance absolue au fait de croire en elle, une répugnance absolue de croire tout ce qui pourrait provenir d’elle. Je ne suis pas de ce monde. Je ne suis jamais né. Je suis étranger à toute naissance.

Mais plus encore, je sais maintenant que cette détestation est universelle. Tout ce qui respire déteste respirer, déteste devoir jouir de son bonheur ou de sa peine obligatoire de vivre, déteste devoir être présent à un monde qui, au plus intime de lui-même, sait qu’il n’a eu aucune possibilité de n’y pas être présent. Pourquoi dois-je être ainsi chargé de cette épouvantable anxiété d’être, de cette douloureuse recherche de soulagement, de cette perpétuelle recherche ontologique ? Cette insondable détestation du gnostique, aux sources acosmiques, n’est-elle pas justifiée, pleinement perceptible dans chaque bouffée d’angoisse, dans chaque soupir du désir d’être ? La misère que révèle cette vie douloureuse, son revers, n’est-il pas cette répugnance omniprésente, ce ressentiment d’une rédemption impossible de la « sensation d’être » ?

Il n’est pas possible d’échapper au ressentiment d’être. Sa rédemption n’est pas dans la conscience car c’est l’émergence de la conscience qui en provoque l’apparition.

Toute recherche de satisfaction dans la conscience est donc condamnée à l’échec. Et plus la recherche est intense, plus elle met en évidence ce ressentiment d’être.

Les spirituels parlent de jouissances, d’extases, d’immortalités, de samadhis… Mais j’ai la conviction qu’ils ne parlent pas par expérience, ou bien qu’ils prennent des vessies pour des lanternes et se racontent des histoires. C’est un peu comme les bobos, leurs clients, qui parlent du bonheur, de la joie, de bien profiter de l’instant présent, de bien-être. Mais il n’y a aucune possibilité de rechercher le soulagement si, auparavant, on ne se sent pas complètement malheureux. C’est parce qu’existe ce profond ressentiment qu’on se précipite vers ces remèdes faciles. Chercher à combler l’avidité d’être est une charge pénible qui s’additionne inutilement à la charge insondable de la peine originelle de l’objectivation. La véritable expérience universelle de tout ce qui respire, c’est le ressentiment d’avoir eu un jour à respirer. Et c’est donc ce ressentiment que j’interroge.

Tous les maîtres spirituels qui n’ont pas compris cette détestation du commencement de la conscience en eux-mêmes doivent souffrir d’être détestés de leurs disciples. Le ressentiment non compris dans le disciple, le ressentiment qui ne peut cesser de croître dans le disciple auquel on enseigne qu’existe une satisfaction consistant en jouissance bienheureuse, dans les jardins de lumière aux fleurs multicolores, ne pourra que détester, même s’il le recherche et le célèbre, le maître faisant de telles promesses. Simplement parce que la connaissance universelle véritable de tout ce qui respire, bien qu’elle soit une connaissance connue inconsciemment, c’est que la véritable satisfaction se situe avant que l’expérience de l’amour d’être ne commence, avant l’avidité d’être, qui donne aussi naissance au ressentiment, du fait qu’a été troublée cette paix profonde.

J’ai senti ce ressentiment, bien plus puissant que l’amour, chaque fois que quelqu’un m’a parlé de promesses de satisfaction. Ceux qui n’ont pas provoqué chez moi ce ressentiment océanique sont, je l’avoue, très rares. Ils ne se mentaient pas et en appelaient toujours à une connaissance de première main, directe et singulière. Le ressentiment est beaucoup plus subtil que l’amour. Je sais sans le savoir que c’est toujours le même mensonge originel qui est dévoilé et que son effet a d’ailleurs pu, lui-même, me conduire auprès de maîtres menteurs que je choisissais pour conforter mes propres mensonges plutôt que pour devenir, enfin, authentique. D’où le grand succès des menteurs, les premières places à eux réservées dans les moteurs de recherche.

Moi-même, j’ai pu sentir le ressentiment des autres contre moi, contre mes mots de serviteur de la soif d’être, de l’avidité d’être, depuis ma position d’enseignant. Je ne pouvais enseigner d’autre message car cette soif voulait être écoutée. Et je devais la satisfaire en offrant des promesses en échange. Mais combien de temps peut-on ne pas tenir sa promesse ? Le non accomplissement des promesses finit toujours par devenir évident et avec lui, le mensonge aussi devient criant, hurlant.

Le ressentiment profond mettant à nue toute tricherie, cette connaissance directe et exclusive, de première main, est juste. C’est l’impossibilité d’abdiquer la vérité, de soumettre ma connaissance directe aux érudites velléités des autres, velléités spectaculaires le plus souvent. Le dieu intérieur mien, furieux et plein de ressentiment, est un seigneur complètement fait de cette détestation vajra. L’amour d’être, la soif d’être est absolument impuissante à le neutraliser. Bien au contraire, il en déclanche la fureur. Aucune promesse de bonheur nirvanique, aucune hallucination de paradis, de bien être, d’extase, de pierre philosophale, de rapt divin, de connaissance subtile réservée aux élus, n’a été capable de faire taire la clameur humaine de la douleur de se savoir étant. Le mensonge de cette félicité d’être n’a pas cours, ici et maintenant.

Le ressentiment est une connaissance subtile détectant le mensonge. Il le détecte toujours. Il en connaît les tarifs et les stratégies marketing. L’être fait vendre, l’illumination se claironne, déclinée en livres, stages et sites internet qui mettent en scène les personnes captatrices, au nom de personne. Mais dés l’enfance, la peur de hurler fait déjà son oeuvre, il y a trop de faiblesse, trop de délaissement pour dénoncer à haute voix le mensonge. Les adultes, les pauvres et misérables adultes, qu’ont-ils à offrir qui ne soit pas ce mensonge ? En quoi leurs espérances ont-elles porté leurs fruits ? Monstres de convoitise, leur soif d’être a fait de leur existence une entreprise totalement condamnée à l’échec. Et leur ressentiment est si grand, si compact, si dense que le mensonge suppure la mort par chacun de leurs pores.

Le ressentiment est une connaissance subtile qui permet de détecter le mensonge, certes, mais tant qu’il ne détecte que le mensonge des autres, il demeure complètement inefficace. C’est mon propre mensonge que je dois détecter, le mensonge originel de l’apparition de la conscience. Je dois détecter que tout en elle est mensonge, fraude extraordinaire dont l’émergence met apparemment fin à la paix profonde qui la précède. Si l’avidité d’être ne cesse pas, le ressentiment d’être ne cesse pas non plus. Et dans le lieu d’avant la naissance, les deux sont inexistants.

Dernière modification le : 21/06/2008 @ 01:44
Catégorie : Le Souffle du Dragon

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Comme se lève la brume par-dessus la cime des arbres, ainsi se réveille le Dragon qui s'étire sur Sa Terre.

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